Bref, j’ai des soucis de voisinage






Rien ne vaut un petit moment cocooning dans son chez soi après une dure journée de travail : les coussins moelleux du canapé qui vous invitent à s'y lover, une bonne tasse de thé bien chaude qui emporte vos soucis du jour dans sa fumée, les scènes de ménage de vos nouveaux voisins comme fond sonore… un pur plaisir !

Parce que oui, le doux son des cris et des pleurs est devenu ma musique d'ambiance depuis maintenant près de trois semaines.


Si au début je me disais que mes nouveaux voisins (que l'on baptisera tout au long de ce post Huguette et Raymond) devaient sûrement traverser le ventre mou de leur magnifique histoire d'amour, j'ai rapidement compris qu'il n'en était rien, et que les deux oiseaux avaient fait de la prise de bec un art de vivre.



(Photo : Mes nouveaux voisins (source :M6.fr))




Trois à quatre fois par semaine, j'ai donc droit à un mauvais remake de la fameuse série de M6 : il rentre, ils se prennent la tête, ils crient, il claque la porte, elle pleure, il revient, ils se reprennent la tête, ils font la paix (d'une manière plus ou moins bruyante qui a renoué mon intérêt avec l'anthropologie de la sexualité), ils discutent pendant des heures en rigolant, puis décident enfin de se coucher… à 4h du matin.


Bien que je sois convaincue qu'il y ait des horaires pour dormir et d'autres pour s'engueuler, j'arrivais encore à supporter leur routine amoureuse jusqu'à jeudi dernier, jour où tout a basculé, ma télévision comprise.


En effet, cette fois-ci, non content de beugler comme un putois, Raymond (ou Huguette, je ne sais pas) a donné un joli coup dans notre mur mitoyen, mur contre lequel était adossé ma précieuse télévision. Bouddha soit loué, elle n'a rien eu, mais ce geste aussi dangereux pour elle que pour ma voisine (ou voisin), a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase : il fallait que cela cesse !



(Parce qu’il y en a deux qui commencent à me courir sur le haricot !)




D'autant plus que le couple n'en ai pas à sa première casserole. Leur deuxième vilaine petite manie ? Ne pas trier leurs déchets !


Au Japon, le recyclage est un véritable art de vivre, et chaque jour de la semaine est dédié au ramassage d'un type de détritus. Dans mon quartier par exemple, le combustible doit être jeté le lundi et le jeudi, le plastique le mardi, les cannettes le vendredi et les encombrants le premier mercredi du mois. Pour ce faire, vous devez vous munir de sacs spécifiques pour chaque type de déchets (notamment les combustibles) et déposer vos ordures dans la benne prévue à cet effet la veille du ramassage des poubelles, sous peine de recevoir une contravention et la haine de vos voisins si vous ne respectez pas les règles.


Pourtant Huguette et Raymond ont décidé de s'affranchir complètement des us et coutumes du quartier, et déposent leurs sacs n'importe quels jours (passe encore), mais surtout n'importe comment : aucun tri n'est effectué !


Je ne suis pas écolo plus que cela, après tout, chacun voit ses ordures à sa porte, mais le souci est que les éboueurs refusent de ramasser leurs sacs qui s'entassent désormais dans la petite benne de l'immeuble. Le service de ramassage des ordures a même laissé un papier sur les sacs indiquant que ces derniers devaient être emmenés au combinipuisqu'ils ne seraient pas ramassés, mais rien ne semble perturber le couple, même pas la honte, cette arme ultime à laquelle aucun Japonais normalement constitué ne résiste.


Rajoutons que l'odeur qui s'échappe de la benne n'est pas forcément des plus agréables, et vous comprendrez aisément que j'en ai assez. D'autant plus que je crains pour ma réputation !



(Photo : le sac maudit de la benne à ordure, ce resto à cafards)




Étant la seule étrangère de l'immeuble, je crains d'être la première accusée pour la partie de Tetris que les occupants sont obligés d'engager dans la benne à chaque ramassage des poubelles. En effet, n'ayant pas été élevée au Japon, il est normal de penser que j'ai des difficultés à me plier aux habitudes du pays. Il est même vrai que la première fois que j'ai dû trier mes déchets je n'en menais pas large, mais avec le temps je me suis habituée et mon ego en prendrait un coup si on venait à me suspecter d'une chose que je n'ai pas commise !


Cette obsession du “qu'en dira-t-on” est même la première raison qui me pousse à ne pas intervenir.


En effet, si j'avais été en France, j'aurais déjà prévenu l'agence ou laissé un mot sur leur porte d'entrée pour leur demander de baisser le volume pendant leurs joutes verbales. Mais ici, je ne sais vraiment pas comment m'y prendre. Pire, j'ai peur de passer non pas pour la “voisine casse-noix”, mais pour “l'étrangère casse-noix”. Après tout, qui suis-je pour intervenir ? En tant qu'expatriée, suis-je légitime de les rappeler à l'ordre sur leurs comportements dans leur propre pays ?





Jeudi soir, j'ai donc cherché comment faire comprendre à mes voisins que leurs engueulades m'insupportaient. Pourtant, plus je tentais de trouver une solution à ce casse-tête, et plus cette question de légitimité me dérangeait. En réalité, je pense qu'elle m'a toujours perturbée.


Quand je prends le bus et que je repère une place assise libre, j'ai tendance à la laisser à des personnes qui peuvent parfois avoir mon âge ; quand il arrive lors de mon shopping qu'une autre femme veule regarder les mêmes vêtements que moi dans le rayon, je lui cède ma place devant le présentoir ; pire encore, lorsque tout cela se produit, je m'excuse d'avoir offensés ces pauvres Japonais. La raison de mon attitude ? Ce sentiment de ne pas être légitime.


Je sais très bien que c'est ridicule : je travaille, je paie mon loyer et mes impôts comme tout le monde, les Japonais ne sont probablement pas du tout offensés par ma présence, et pourtant j'ai le sentiment qu'ils sont plus en droit que moi de profiter des services à la personne ou tout simplement de se déplacer dans le pays.


Est-ce grave docteur ? Suis-je la seule à penser cela ou d'autres expats seraient-ils aussi touchés par cette impression de “non-légitimité”? C'est ce que j'ai cherché à savoir jeudi soir pendant qu'Huguette et Raymond étaient en phase de réconciliation.



(Photo : Quand je fais les boutiques, c'est un concours avec la vendeuse à celle qui se baissera le plus bas (source : etiquipedia.blogpost.com))



Si j'ai bien évidemment entamé mes recherches par un petit tour sur les forums Docti and co pour savoir si le sujet avait déjà été abordé par quelqu'un, l'avis de Momo62 sur les problèmes de légitimité de Titoutou01 en Espagne, ne m'a pas forcément éclairée plus que cela sur l'origine de ce phénomène.


J'ai donc rapidement changé de méthode d'investigation, et je me suis tournée vers une valeur sure : l'anthropologie (non, on ne paie pas pour venter les mérites de cette science chaque semaine sur le blog, ce qui fort dommage en soi je vous le concède).


Apparemment, le mal dont je souffre est bien réel et touche des centaines de migrants et d'expats à travers le globe. On appelle cela le “déclassement social post migratoire”.


Miami, années 2000, la sociologue Française Cécile Vermont interroge plusieurs Argentins ayant migré vers les États-Unis. Parmi eux, certains sont en proie à un puissant sentiment de honte : celle de passer d'un statut respectable à un statut qu'ils jugent dégradant.


Je dois vous avouer que je me suis assez bien retrouvée dans l'analyse qu'à fait la chercheuse des comportements honteux des migrants.


Ayant fait de brillantes études (mes chevilles vont bien, merci pour elles), j'ai souvent eu l'habitude d'être considérée comme une fille plutôt intelligente. Or, au Japon, je ne ressens aucune stimulation intellectuelle dans mon travail, je parle très mal le Japonais, et j'ai toujours l'impression d'avoir un train de retard sur les locaux qui comprennent tout et ne font aucun impair diplomatique en société. En somme, d'une jeune femme brillante, je suis passée à une fille un peu nunuche, voire peu cultivée, et cela mon amour propre et mon identité personnelle (l'ensemble des valeurs que je m'attribue) ne l'acceptent pas !


Résultat ? Je me sens honteuse et mal à l'aise face aux Japonais qui peuvent s'exprimer correctement et “briller” par une conduite intellectuelle et morale exemplaire. Pire, je ne me sens pas du tout à ma place ici, d'où mon sentiment de “non-légitimité”.


Reste à savoir désormais si cette sensation désagréable s'estompera avec le temps et ne m’empêchera pas d'aller parler à mes chers voisins… mais cela, c'est un autre problème.






Conclusion


Huguette et Raymond préparez-vous, vous aurez bientôt (ou pas) un joli petit mot sur votre porte d'entrée, en hiragana, seule écriture japonaise que je maîtrise réellement. Et je vous flûte ! Faudrait pas non plus pousser mémé dans les kanji !






Sources :


Etiquipedia.blogpost.com


→ M6.fr


→ VERMONT, Cécile, « Capturer une émotion qui ne s’énonce pas », Terrains/Théories, 2015.[En ligne] à l'URL : https://teth.revues.org/224.



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