Les contes du solstice – un week-end au Sun and Moon



A la veille du solstice d’hiver, nous effectuons une retraite au charmant Sun and Moon, un club bien mystérieux, tenu par l’illustre Monsieur F. Nous ? C’est vous, moi, et toute personne désireuse de voyager au fil de la lecture. L’occasion pour nous de transcender les mots, et de découvrir au passage un endroit de plaisance bien sympathique.

Le voilà qu’il se dessinait à travers bois. Majestueux dans son costume brun, fier du poids des années, l’homme le plus respectable du Japon n’avait pas perdu de sa superbe. Il aurait pu cependant. Ces derniers mois n’avaient pas été cléments, et les rides laissées par les traces de souliers semblaient avoir marqué son visage de manière définitive.

Quel dommage qu’il ait rasé sa barbe. . . le blanc lui allait si bien !

Le bus arrêté, c’est les bras ouverts que le gentleman accueillit ses invités. Pas d’embrassade, pas d’accolade, la situation ne se prêtait guère à l’effusion. Pour accompagner l’émotion de se revoir, une simple photo suffirait aujourd’hui.

Alors que les caméras se rangeaient, le vent nous rappela qu’il fallait se hâter. Plusieurs saisons avaient passé depuis notre dernière rencontre. Et l’hiver commençait doucement à investir les lieux en son jour d’anniversaire.

Où logerons-nous ce soir ? Les alentours semblaient déserts, hormis les immenses troncs et le chant des oiseaux.

Le bord de route vidé de ses voitures n’était pas non plus très accueillant. Alors quand le vieux monsieur suggéra de le suivre calmement, c’est sans se faire prier que nous empruntâmes le petit chemin qu’il avait pavé.

Qui eut cru que la nationale pouvait cacher tant de choses !

Tipis indiens et alternatives Quechua, une aire de camping avait jailli au-delà du virage goudronné. Les rires des campeurs faisaient écho aux gazouillements de ses premiers occupants, et l’odeur de BBQ qui se détachait des tables de fortune poussait l’estomac à ralentir le pas.

Etait-ce le lieu de notre séjour ?

Le calme qui y régnait se prêtait pourtant tout à fait à la retraite que nous nous apprêtions à faire…

Nous n’eûmes toutefois la réponse qu’une fois passées les rives du voisin Tanuki. A plusieurs minutes de marche de ce camp gargantuesque, lorsqu’une petite pancarte pourpre indiqua l’objet de notre venue.

Ouvrant sur une allée parsemée de bûches, on pouvait y lire« Sun and Moon, Welness Retreat ».


***

Énigmatique. C’est l’adjectif qui décrirait le mieux cette aire de quiétude. Composé d’un chalet principal, de trois cottages et de plusieurs places de camping, le Sun and Moon Club est un ovni tombé tout droit du ciel étoilé qui le surplombe. Dans le monde impitoyable de la retraite spirituelle, l’établissement prend en effet la doctrine bouddhique à contre-courant. Herbes en tout genre dans le hall d’accueil, améthystes et poêle en fonte dans la salle de séjour, nous sommes ici plus proche de la cuisine de la tante Hilda que du temple monastique. Et pour cause, la retraite n’est ici pas spirituelle. Ou plutôt, elle transcende le spirituel pour l’encrer dans le quotidien, puisque le club défend le bain de forêt et le retour à la Nature comme médication.

A peine arrivé(e)s au chalet, que deux femmes vêtues de grosses laines viennent alors nous accueillir. Cheveux courts et masques en place, ce sont les gardiennes du repère perdu.

- Il fait frais, dit l’une d’elles avant de nous diriger vers la salle principale.

En guise de bienvenue, nous confectionnerons des bougies aromatiques. Une belle manière de célébrer le solstice, et de se réchauffer les mains après une marche hivernale.

Une fois l’activité terminée, c’est dans un petit duplex que nous nous installons pour la nuit. Pourvu d’un jardin, le cottage donne droit sur une couche plutôt inattendue. Une bulle faite de plastique et de rêves doux, accessible uniquement lorsque les beaux jours sont à l’honneur.

Déçu(e)s ?

Pas forcément.

Depuis l’étage, l’hôte nous offre une danse par-delà la fenêtre. Brun, or, et même carmin, le maître des lieux change de robes plus aisément que Peau d’Âne. Et lorsque vient l’heure du souper, c’est dans ses habits d’ébène qu’il éblouit le repas de sa présence.

Le menu est alors des plus sympathiques ! Légumes frais, soupe de poireaux, et poulet sauce moutarde, la table peut surprendre lors d’une retraite, mais s’apprécie d’autant plus. Le dessert est quant à lui réalisé en collaboration avec la pâtisserie locale, puisqu’il s’agissait d’une bûche au chocolat, décorée pour l’occasion.



***

Prêt du feu, la digestion s’attelle à sa tâche. Les membres se relâchent sous son joug impitoyable, et le visage se rosit à la chaleur des flammes. Dans les mains, une tasse de thé chaud. Dans les yeux, un ballet d’étoiles auquel se mêlent les braises volatiles.

- Le bain est prêt, lance soudainement la doyenne du chalet.

Devons-nous la suivre ?

Le feu de bois est pourtant si agréable !

Très vite, le chant de l’hiver vient se rappeler à nous. Sa mélodie glaciale parcourt les os, et le bain devient alors une option plus qu’alléchante.

A défaut de la tasse, c’est son courage qu’il va falloir prendre à deux mains pour quitter ce cocon bienveillant !

Quelques actes de bravoure plus tard, la salle d’eau nous ouvre enfin ses portes. Canapé, décoration et mini bar, la première pièce n’a rien à envier à l’accueil d’un sento. On peut s’y prélasser en attendant son tour au bain, et découvrir même les environs de la région !

Derrière le noren, en bout de salle, la baignoire attend ses premiers visiteurs. Faite de cyprès japonais, elle diffuse alors de savoureux arômes de bois. Entêtants pour certains, relaxants pour d’autres, ils incitent toutefois les âmes frigorifiées à y plonger un pied.

Dans le calme de la nuit, c’est la détente qui prend progressivement la place de l’hiver.



***

Emmitouflé(e)s dans les couvertures, les yeux rivés sur la fenêtre, les confidences nocturnes peuvent commencer.

Monsieur n’est pas bavard dans sa robe de coucher. Serait-ce tous ces scintillements qui lui montent à l’esprit ?

Il y aurait pourtant tant de choses à dire en ces temps difficiles.

‘’Comment vas-tu ?’’ par exemple.

‘’Quels sont tes projets ?’’ demanderont les plus optimistes.

A défaut de converser, ce sera donc un monologue.

‘’Malgré la perte d’êtres chers, malgré les plans qui ont été avortés, malgré les copies qui ont dû être révisées, je vais bien’’.

Un rapide coup d’œil au cadran nous suggère alors de fermer les yeux.

Déjà vingt-et-une heures ?!

Mieux vaut ne pas tarder !

Demain, le réveil sonnera à cinq heures.



***

Méditer à la fraîcheur du matin n’est pas forcément chose aisée lorsqu’on connaît mal le monde avant sept heures. Les yeux qui piquent et les pieds qui s’engourdissent, l’attention n’est définitivement pas de la partie.

Un petit effort, ces chakras ne s’ouvriront pas tous seuls !

Alors que le souffle commence à se faire plus régulier, un halo vient couronner le professeur. D’abord timide, ce dernier l’illumine progressivement. De ses pieds qui s’enfoncent au sol, à sa tête, source de son savoir.

Comment ne pas être sensible à ce spectacle !

Le teint hâlé qu’il acquiert compenserait presque la barbe qu’il a perdue…

La contemplation remplace bientôt la méditation. Et avec elle, le froid matinal laisse place aux premiers rayons du soleil. Les muscles se relaxent enfin. Tout comme l’âme et son miroir, subjugués par les traits du vieil homme.

Combien de minutes sont passées ?

Combien de temps s’est-il écoulé, depuis la dernière fois que nous nous sommes émerveillé(e)s ?

Un jour ?

Deux peut-être ?

Un an ?!

Quand sonne l’heure du petit-déjeuner, il est déjà huit heures.




***

Le toit que formaient les arbres ce matin-là ne laissait pas présager la rencontre qui allait se jouer.

Les mains au frais, mais le cœur au chaud, c’est tout béat que nous empruntions les petits sentiers de Fujinomiya, quand le concierge vint nous porter un message de Monsieur F.

Sa robe brune est d’abord passée inaperçue parmi les branches qui s’élevaient. Il faut dire que la région recèle de beautés qui captent l’œil - clairières et chutes d’eau notamment.

Ce n’est que lorsque son chapeau de bois s’agita que nous l’aperçûmes. Au milieu des arbres, les reflets bleutés de la pénombre derrière lui.

L’avons-nous vexé ? Il est parti bien vite rejoindre ses grooms, une fois le message délivré…

Ce dernier fut alors subtil. Presque inaudible, mais entendu.

‘’Comme les saisons, la vie se renouvelle.

Tantôt faite de bonnes surprises, tantôt de désagréments.

Alternant le chaud, le froid.

Le jour, la nuit.

Et quand cet hiver qui dure depuis trop longtemps finira – car il finira !

C’est à bras ouverts que nous accueillerons le printemps’’.



INFORMATIONS PRATIQUES


Sun and Moon Club


Adresse - 2271 Inokashira, Fujinomiya, Shizuoka 418-0108


Itinéraire – à 3 heures de bus de la gare de Tokyo, arrêt Kyukamura Fuji, puis 15 minutes de marche


Tarif– entre 16,000 et 25,000 yens par personne (entre 126 et 198 euros)

© 2015 Blog Miss Frenchy Japan, Web Designer Murakami Akihito

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