Tokotoko Zakkaten : la culture “kawaii” à l’orée du bois




Lundi, je suis tombée par hasard sur ce qui est devenu la boutique la plus mignonne que j'ai pu voir jusqu'à présent (oui, rien que ça !).


Un beau soleil, une petite brise, quelques heures à perdre, et me voilà partie en goguette dans le quartier de Musashino. Après avoir fait quelques magasins de vêtements, je m'enfonce dans les petites rues ensoleillées de la capitale : échoppes de décoration, cafés en terrasse, et jolies habitations se succèdent dans les allées peu fréquentées de ce quartier Ouest de Tokyo.


Je me baladais tranquillement, quand, au détour d'une ruelle, mon chemin croise celui d'un “arbre à photos”. Intriguée, je m'approche de cet objet installé en plein milieu du trottoir. Si les dessins de chats sur le tronc m'ont tout de suite fait penser à de la publicité pour un neko café (café à chats), les photos du magasin ne montraient aucun félin. A contrario, l'intérieur de la boutique ressemblait à une cabane dans les arbres où bibelots et autres objets à vendre se présentaient comme un gros fourre-tout.


Vous me connaissez maintenant : il ne m'en faut pas plus pour attiser ma curiosité et voilà que je commence à monter au deuxième étage du petit immeuble résidentiel devant lequel cet arbre peu banal avait poussé.



(Photos : Un tronc à photos, un petit panneau vous indiquant le chemin à suivre … que de mystère !)




Arrivée à destination à l'aide de panneaux indicatifs habillement installés au premier étage, je me retrouve devant une énorme porte en bois en forme d'arbre, qui dénote légèrement avec les portes d'entrée des appartements connexes. Ne tenant plus de savoir ce qui pouvait bien se cacher derrière ce tronc massif, je tire la bobinette… et tombe nez-à-nez avec une dame d'âge mur et sa fille qui ressortent de la boutique les bras chargés de paquets. Je me pousse alors pour les laisser passer en m'excusant, et les deux femmes me saluent brièvement avant de lancer à tout-va des « kawaii » (« c'est mignon ! ») qui me donnent encore plus envie de découvrir ce lieu déjà bien mystérieux à mes yeux.



(Photo : La porte d'entrée la plus stylée du bâtiment, aucun doute là-dessus)




« Whaou » est le premier mot que j'ai prononcé en entrant dans cette petite boutique aux allures de cabane dans le jardin, composée de deux pièces.


Le premier espace est très travaillé et représente une forêt où s'accumulent les produits destinés à la vente. De part et d'autre des murs recouverts de papier vert foncé, des bibelots, produits pour le bain ou encore accessoires de papeterie s'amoncellent sur les étagères en bois ; des tiroirs remplis d'objets diverses trouvent leur place sur le sol en moquette verte, à côté de paniers fourre-tout ; et des lustres entourés de verdures surplombent les clients venus se perdre dans ce décor enchanteur. En son centre, un tronc d'arbre expose les derniers arrivages, et des petits pas japonais vous guident vers la deuxième salle de la boutique : la cabane dans la forêt.


Représentant une alcôve dans un tronc d'arbre faisant office de mur, ce deuxième espace comporte la caisse et le coin “fashion” du magasin : parquet en bois et peinture marron clair, tout est parfaitement calculé pour que vous vous sentiez comme au creux d'un chêne (si tenté qu'il existe une manière spécifique de sentir à l'intérieur d'un arbre, bien évidemment). Comme pour la pièce précédente, des étagères en bois mettent en avant tout un tas d'accessoires : barrettes à cheveux, bijoux en acier ornés de pierres de lune, derbies et richelieus en cuir, maroquinerie, foulards et bérets en laine, le paradis de la mode se trouve à l’orée de la clairière.



(Photo : Bienvenue dans la cabane la plus mignonne de Musashino)




Au-delà de présenter une décoration originale, Tokotoko propose un véritable univers bucolique et relaxant : musique douce mêlant flûte et bruits de ruisseau, lumière tamisée, agréable parfum de fleurs fraîches, la séance shopping a des airs de ballade en forêt. Pour ne rien vous cacher, j'ai réellement eu l'impression d'être plongée au cœur d'un Miyazaki avec ce décor si particulier et cette musique de fond qui rappellent les plus belles œuvres du studio Ghibli.



(Photos : Arietty, le petit monde des chapardeurs du studio Ghibli a trouvé sa version live ! (source : laissezparlerlesptitspapiers.wordpress.com))




Cet univers enchanteur, Tokotoko l'exploite jusqu'au bout puisque les produits proposés ont pour particularité d'être effroyablement “mignons’‘ : vaisselles à motifs fleuris, sachets de thé aux illustrations dignes des plus beaux livres pour enfants, bibelots aux tons pastels ou à l'effigie de petits animaux trop choupis, vous trouverez toute sorte de choses dans cette cabane en bois. Si le fond du premier espace est réservé à la papeterie où stylos, calepins et tampons encreurs ont la part belle, l'avant de la boutique est occupé par… les sels de bains !


Car oui Messieurs-Dames, Tokotoko est avant l'eldorado de la salle d'eau ! Qu'ils soient vendus sous forme de petits sachets, de boules aussi décorées que pour orner un sapin de Noël, ou de cristaux contenus dans d'élégantes jarres customisées, les produits pour le bain que l'on trouve ici arborent tous un design fantaisiste et enfantin. En tête des motifs les plus prisés par le personnel du magasin : les chats, à l'image de Miruku (Milk), mascotte de la boutique et chat de la propriétaire, une charmante trentenaire tout droit sortie d'un conte pour enfants avec sa petite voix et sa jolie robe longue d'inspiration champêtre.








(Photos : Tokotoko Zakkaten, ou le culte de la mignonnerie)




Véritable pêle-mêle de douceur, la boutique ne vend cependant pas de ’'créations originales’' : plusieurs fournisseurs remplissent les étagères du magasin. Parmi eux, j'ai pu reconnaître la marque Charley ZZZ, une enseigne de produits pour le corps que j'affectionne beaucoup, qui vend aussi du thé et des petites décorations pour la maison telles que des mugs, des désodorisants d'intérieur, ou encore des mouchoirs en tissu ; et la marque Nolcorps, qui propose également des sels de bain, ainsi que des crèmes hydratantes et des bougies à base d'huiles essentielles. Le point commun entre ces deux marques ? Leurs packagings ressemblent à s'y méprendre à des illustrations de littérature jeunesse !


Personnellement, j'ai craqué pour un set de sels citron-miel de la collection « Bath Room », et un jeu  lavande-camomille de la collection « Bath Sommelier » de chez Charley ZZZ, que l'on trouve habituellement dans tous les drug stores haut de gamme de l'archipel. Bien que l'ambiance de Tokotoko soit très travaillée, sachez que les prix n'y sont pas plus élevés qu'ailleurs : comptez entre 120 et 150 yens (environ 1,20 euros au maximum) pour un sachet de 40g de sels de bain.



(Photos : Je vis dans la niaiserie avec mes nouveaux sels de bains achetés à Tokotoko, et ma (vieille) crème hydratante pour les mains pomme-cannelle de chez Nolcorps de la collection « Lirttyish »)



Véritable ode à la mignonnerie, Tokotoko s'inscrit dans cette lignée de magasins mignons surfant sur la mode ”kawaii“.


Comme le rappelle la sociologue, et accessoirement-mon-ancienne-professeur, Christine Condominas dans son papier Le kawaii au Japon ou la culture de la mignardise, « kawaii » est un mot du langage courant utilisé pour qualifier de petits animaux, des enfants, des jeunes filles ou tout autre ’'chose” ayant un côté attendrissant.


Véritable phénomène social contemporain, la mode du kawaii connaît ses débuts dans les années 1990 à Harajuku, quartier populaire des pionniers en matière de grandes tendances. Petites fleurs, rose bonbon et motifs “mignons”, tout est bon pour faire écho à l'univers de l'enfance.


Perçu en Occident comme une manière d'infantiliser la femme, cette mode serait en réalité un moyen de se démarquer de la foule de salarymen en costume sombre qui arpentent les rues bondées des grandes métropoles japonaises, si l'on en croit les dires des jeunes adeptes du kawaii (majoritairement féminines) interrogés par La Dépêche en 2015.


Cela m'a fait tilt : nos préjugés “occidentaux” nous obstruant l'esprit, nous ferions peut-être mieux d'écouter ce que ces fashions victims acidulées ont à dire. Si ces dernières rendent compte d'une volonté de rupture avec la morosité ambiante, ne pourrions-nous pas envisager une relecture du phénomène, non plus sous l'angle du genre, mais sous celui de la revendication identitaire ? Essayons !


Dans une société où les codes sociaux sont très rigides, se démarquer apparaît comme une forme contestataire du système. Adepte ce que je nomme “la grève visuelle”, où le gréviste porte un brassard symbolisant qu'il est en grève mais continue néanmoins de travailler pour ne pas perturber l'ordre social, entité sacrée dans les cultures de groupe comme la société japonaise, la mode vestimentaire est un moyen d'affirmer ses convictions et son esprit provocateur.


Si la mode kawaii a connu un franc succès à partir des années où la mondialisation s'est accentuée, c'est selon moi car les Japonais ont eu besoin de se détacher du tumulte de la routine métro-boulot-dodo. Et quoi de mieux que le refuge de l'enfance, période où les problèmes sont mineurs et les responsabilités moindres comparés à ceux de l'âge adulte, pour fuir la réalité parfois stressante du quotidien.


Bien évidemment, ce n'est que mon interprétation, mais je dois vous avouer que le sentiment de retour à l'enfance et de sécurité qui s'en dégage, que j'ai pu ressentir chez Tokotoko m'amène à penser que le kawaii est bien plus qu'un effet de mode : il est une bouffée d'oxygène dans un monde où tout va trop vite.


Quant à la question de savoir pourquoi ce phénomène touche plus les jeunes filles que les jeunes hommes, argument de taille dans la théorie de l'infantilisation féminine au Japon, j'avoue ne pas avoir de réponse. Serait-ce parce que la société impose une forme de virilité aux hommes, ou parce que la pression sociale étant plus contraignante pour les femmes, ces dernières ont besoin d'un échappatoire plus grand que les Japonais, que le kawaii trouve un public féminin plus important ? Cela reste un grand mystère !







Conclusion :


Je recommande vivement Tokotoko Zakkaten ! Même si vous n'êtes pas adeptes des sels de bain ou du kawaii, la décoration du magasin vaut vraiment le coup d’œil !






Sources :


CONDOMINAS, Christine, « Le kawaii au Japon ou la culture de la mignardise », La lettre de la bibliothèque, Maison de la culture du Japon à Paris, n°18, 2004. [En ligne] à l'URL:https://issuu.com/mcjp/docs/lettre_bibliotheque18.


LA DEPECHE, Japon : la mode “kawaii”, une esthétique guimauve que ne goûtent guère les féministes. LaDepeche.fr, 2015. [En ligne] à l'URL :http://www.ladepeche.fr/article/2015/10/16/2199119-japon-mode-kawaii-esthetique-guimauve-goutent-guere-feministes.html. Mis en ligne le 16 octobre 2015.



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© 2015 Blog Miss Frenchy Japan, Web Designer Murakami Akihito

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