Une Nana Cool: Moi, l’infantilisation des femmes, et la lingerie au Japon




Il y a quelques jours, j'ai été à “Une Nana Cool”, une des enseignes les moins “infantilisantes” que le Japon puisse faire en matière de lingerie. Messieurs, cette semaine n'est donc pas encore pour vous. Mais pensez positif ! Corbeille, Push-up, tanga… un tout nouvel univers s'ouvre à vous ! Et si vous n'êtes pas convaincu, dites-vous qu'avec ce billet, vous pourrez “mater” de la lingerie virtuellement sous le compte de la culture G. A défaut de passer pour un pervers si on vous surprend en train de lire cet article, vous passerez donc pour un érudit ! Que demande le peuple ?



La Golden Week (29 avril-5 mai) approche à grand pas, et comme toute bonne salariée, je vais profiter de cette semaine de congés pour partir en vacances. Après un essayage de maillot de bain douloureux pour mon ego (les croissants choco du combini que je m'enfile depuis des mois m'ont littéralement fait du mal), j'ai décidé cette semaine de trouver un remplaçant à mon vieux deux-pièces.



Plusieurs boutiques de la capitale écumées sans succès, et j'entre dans l'un des magasins de l'enseigne “Une Nana Cool”, à deux pas de la station Kichijoji. Certes, le nom n'est pas vendeur, mais pour une fois qu'il n'y a pas de fautes d'orthographe à une suite de mots en Français, je me dis qu'il faut saluer l'effort et y jeter un coup d’œil.



« Je peux vous aider ? », « On a une nouvelle collection, vous voulez la regarder ? », « Ici c'est le rayon des promotions », à peine ai-je eu le temps de saluer la vendeuse que cette dernière commence à m'assaillir de remarques avec un débit digne de Julien Lepers. Je lui dis poliment que je ne fais que regarder, et continue ma visite.


Derrière les portes de cette boutique de lingerie se cache un univers très cosy. Aux quatre murs, des étagères en bois exposent les ensembles élégamment disposés pour ne pas surcharger les tablettes. Au centre de la pièce, deux présentoirs mettent en avant les nouveautés de l'enseigne et les promotions du moment. Au fond du magasin, la caisse découche sur une alcôve composée de deux cabines d'essayage. Le tour du propriétaire est vite fait, mais c'est véritablement ce qui constitue le charme d’Une Nana Cool.


D'ordinaire, les enseignes de lingerie japonaises mises sur une décoration “fourre-tout’‘ : portiques en acier disposés en pèle-mêle sur une petite surface, on vous laisse fouiller en vous demandant toutes les trois minutes si vous avez besoin d'aide. Ici, les vendeuses sont toujours casse-noix, mais au moins, l'atmosphère y est plus agréable pour faire son shopping : stickers de poésie française sur les murs, tons marrons et gris qui se marient à merveille avec le style épuré du mobilier, l'ambiance de cette petite boutique rappelle fortement celles de magasins de sous-vêtements français, comme Etam Lingerie par exemple.




(Photos : Le temple du Wonder Bra)




L'inspiration ’'Occidentale’' se ressent également sur la ligne de l'enseigne : pointes de couleurs acidulées, motifs graphiques, jeux de matières, les produits proposés se démarquent des classiques japonais où froufrous, petits nœuds et imprimés à fleurs font la tendance.


Du Japon, la marque garde néanmoins son attachement aux couleurs pâles et au non-sulfureux : exit string, tanga ou dentelle, ce n'est pas le genre de la maison.


A défaut de trouver un maillot de bain, je flashe sur un joli balconnet blanc et vert. Je m'approche donc pour le voir de plus près, mais… serait-ce un soutien-gorge, serait-ce un repose-tête ? Le rembourrage abusif de la chose me fait douter. Les trois-quarts du bonnet sont remplis par le pad ! C'est officiel : je ne regarderai plus jamais les Japonaises de la même manière à partir de maintenant.


Un peu déboussolée, j'appelle alors la vendeuse afin de demander à essayer ce modèle en 85B, taille que je fais habituellement en France (plus de secrets entre nous). Après quelques secondes de recherche au fond de l'étagère, elle me tend le soutien-gorge. Qu'on se le dise, les tailles japonaises ne correspondent PAS DU TOUT à leurs homologues françaises : il y a facilement un bonnet de différence ! Voyons mon air perplexe en retournant l'objet dans tous les sens comme si j'en étais à mon premier soutien-gorge, Madame Lepers me dit qu'elle va prendre mes mensurations.


Elle m'escorte alors jusqu'à une cabine d'essayage très spacieuse, et me montre une affiche où est expliquée la manière dont on prend les mensurations ici : la cliente se déshabille, sonne sur un petit bouton pour signaler à la vendeuse attendant devant la cabine qu'elle est prête, et la dite-vendeuse entre pour prendre les mesures. Rien de bien compliqué me direz-vous, surtout lorsque la commerçante vous redonne verbalement les consignes.



(Photo : Beaucoup plus pratique que le lever de rideau, le bouton d'appel)



La vendeuse sort, et me laisse alors seule dans la cabine pour que je puisse me déshabiller. Première surprise : il n'y a pas besoin d'enlever ses chaussures. D'ordinaire, le sol des cabines d’essayage est muni d'un petit tapis pour que vous puissiez tomber le bas sans salir vos chaussettes. C'est pourquoi, il est obligatoire de laisser ses chaussures devant la cabine avant d'y entrer. Ici, ce n'est pas le cas : l'intérieur est en parquet et les bas de sous-vêtements ne s'essaient pas.


J'enlève donc mon pull, mon sous-pull, j'appuie sur le bouton d'appel et attends en soutien-gorge que la vendeuse arrive. A peine eut-elle le temps de tirer le rideau, qu'elle le referme à une vitesse folle, me disant d'un air gêné de remettre mon sous-pull et qu'il n'y avait pas besoin d'enlever autant de vêtements. Je retire tout ce que j'ai dit précédemment : se faire prendre ses mensurations au Japon, c'est difficile. Je n'ai rien compris à ce que m'a dit Madame Lepers, qui au passage est la première représentante en lingerie que je vois fuir à la vue d'une poitrine, et le schéma explicatif n'aide vraiment pas ! La cliente est représentée en sous-vêtements sur les dessins : excusez-moi, mais s'il fallait garder un maillot de corps, il fallait lui en dessiner un !



(Photo : Le schéma ’'explicatif” de la prise de mensurations)




Après cet épisode gênant pour les deux parties impliquées, je re-sonne sur le bouton d'appel, m'excuse une nouvelle fois pour “l'accident”, et la vendeuse prend enfin mes mensurations.


Verdict : au Japon je ferais du 65B. Je conserverais donc la profondeur du bonnet français mais perdrais quelques centimètres de tour de taille. Je dois m'avouer un peu surprise étant donné que le bonnet B me paraissait petit, mais je préfère faire confiance à la vendeuse et passer outre mes impressions. Après tout, même si elle est poitrino-phobique, elle connaît son métier, non ?


La commençante part donc chercher la bonne taille, me l'apporte et tire le rideau. S’ensuit alors plusieurs secondes d'acharnement pour essayer de faire rentrer ma poitrine dans ce qui semble être de toute évidence un soutien-gorge beaucoup trop petit pour moi. J'appelle à nouveau la vendeuse, qui revient avec un 65C. Soyons astucieuse : enlevons les pads directement. Et cet essai est plutôt concluant : le changement de tour de taille me permet d'avoir un meilleur maintient que celui que j'avais en France, et le bonnet C me convient. Pour être tout à fait honnête, si j'avais voulu me sentir vraiment à l'aise, j'aurais demandé une taille au-dessus, mais ne préférant pas jouer les casses-bonbons, je n'ai pas abusé du bouton.


Je me rhabille, sort de la cabine et me dirige maintenant vers la caisse après avoir dû choisir entre culotte ou shorty.


Pendant que la vendeuse me fait un joli paquet, je souris à la vue des quelques phrases de Français qui ornent le mur en face de moi. La commerçante le remarque et me fixe d'un air perplexe. Je lui explique alors que je suis Française, et s'est d'un air tout enjoué qu'elle me demande de traduire le sonnet. Je lui traduis la première phrase qu'elle s'empresse de répéter à sa collègue, et sors de la boutique, mon petit paquet à la main.


Après des débuts difficiles, on peut donc dire que tout finit bien : je n'ai pas de maillot de bain, mais je repars avec un joli ensemble pour pas trop cher (4 752 yens soit 38 euros) et le sentiment d'avoir trouvé une alternative aux magasins de lingerie enfantins de la capitale.



(Photo : Du Français (sans fautes!) chez Une Nana Cool)


De part la maturité des produits que l'enseigne propose,  ’’Une Nana Cool“ est bel et bien différente de la plupart des boutiques de sous-vêtements que l'on peut trouver à Tokyo.


Au Japon, le rose, les froufrous, et tout ce que l'on peut qualifier de ’'mignon” à le vent en poupe dans le tiroir à dessous des Japonaises. Il n'est donc pas rare de trouver des fraises ou des petites fleurs par exemple sur les sous-vêtements d'une femme de trente ans. Je sais bien que tous les goûts sont dans la nature, mais venant d'une société où la lingerie se veut “sensuelle” à défaut d'être “sexy”, j'ai véritablement eu un choc culturel la première fois que mes pieds ont foulé le sol d'une boutique de lingerie japonaise. Encore cette semaine, lorsque j'ai dit à la vendeuse que ses modèles étaient très « beaux », elle m'a reprise pour me dire qu'ils étaient « mignons ».



(Photo : Du rose, du pastel, bienvenue dans une boutique de la lingerie au Japon)

(Photo : Quelques modèles d’Une Nana Cool disponibles sur Amazon.Japan)





Vous vous doutez bien que cette histoire de mignonnerie exacerbée m'a intriguée : pourquoi s'évertue-t-on à qualifier de « mignon » quelque chose qui est vraisemblablement d'un rang au-dessus sur l'échelle de la maturité ? Et pourquoi a-t-on l'impression d'entrer dans un magasin pour enfant à chaque fois que l'on entre dans une boutique de lingerie ?! Avouons-le, c'est perturbant : tout ce rose viole les yeux, et ce n'est pas forcément “aguicheur” si on en croit le système de pensée occidental.


Selon moi, l'infantilisation de la lingerie féminine s'explique par deux facteurs : l'un d'ordre psychologique, et le deuxième de nature plus anthropologique.


Les dessous étant les derniers vêtements que l'on voit généralement avant l'acte sexuel, la lingerie est liée à la sexualité. Cette dernière est certes aujourd'hui en lien avec le plaisir, mais empiriquement, elle était synonyme de reproduction.


Le côté enfantin est perçu comme érotique pour l'homme. Le monde de l'enfance se voulant pur et dénué de sexualité, l’érotisme passe ici par l'antinomie qui se joue entre le côté sexualisé du vêtement et l'aspect enfantin que l'on veut lui donner. La fusion des deux mondes appelle alors à une transgression, et ne nous mentons pas, toute transgression est stimulante !


Si les dessous Petits-Bateaux font fantasmer les hommes, alors pourquoi les boutiques européennes n'en regorgent pas ? Peut-être devrions-nous nous tourner vers une explication plus culturelle : l'infantilisation de la lingerie au Japon serait un moyen de redorer le blason masculin.


En attribuant aux vêtements des caractères enfantins, c'est la porteuse qui est infantilisée. Vêtue de la sorte, la femme se dote alors de toutes les caractéristiques de l'enfant : fragile, douce et surtout docile. En effet, les grands noms de l'anthropologie comme Bourdieu, Godelier ou Héritier, nous rappellent que de tout temps, les hommes ont voulu encadrer le pouvoir fécond des femmes. Cela peut passer à grande échelle par la privation des pouvoirs économique, religieux ou encore politique dans le but de maintenir ces dernières dans une situation de faiblesse qui empêche toute rébellion, mais cela peut également se retrouver à une échelle plus petite comme celle de l'acte sexuel. Perçue comme fragile dans sa tenue de petite fille, la femme perd alors symboliquement du pouvoir dans la reproduction. Par effet de vase communiquant inhérent à toute dualité (ici opposition homme/femme), l'homme se voit donc réinvesti du prestige qui lui faisait défaut biologiquement dans l'acte reproductif. Et cela est d'autant plus valable dans une société fortement patriarcale où l'idéal féminin est celui d'une femme douce, silencieuse et réservée (voyons Mesdames, on ne fait pas d'ombre aux hommes !).


Au cas où j'en aurais perdu quelque-uns en route, faisons simple : si les Japonaises portent des petites fleurs sur leurs soutien-gorges, c'est selon moi pour renforcer indirectement le sentiment de virilité des Japonais.



Je vous arrête tout de suite, il existe bien évidemment au Japon des marques qui proposent de la lingerie plus “sensuelle”. Néanmoins, ces enseignes tablent sur les extrêmes : soient les sous-vêtements proposés tombent dans le vulgaire, soient ils s'apparentent à de la lingerie de luxe et les prix décollent. Citons par exemple la marque allemande Triumph, qui s'est bien implantée au Japon, où le soutien-gorge vous coûtera en moyenne entre 6 500 et 8 500 yens (entre 50 et 68 euros), ou encore les magasins un peu olé-olé d'Harajuku et de Rakuten qui proposent de la lingerie fine (voire très fine) à petit prix.



(Photo : La lingerie “sensuelle”, d'un extrême à l'autre)




Conclusion :


Si vous voulez acheter de la lingerie passe partout, je vous conseille d'aller à Une Nana Cool. L'enseigne est présente dans tout l'archipel, les prix sont raisonnables et la qualité est correcte. Petit bémol cependant : bien que le bonnet E existe au Japon, je ne sais pas s'il vous sera facile de trouver de la lingerie si vous dépasser le bonnet C français. Dernier conseil : n'oubliez pas le sous-pull (ça serait difficile pour les vendeuses de prendre vos mensurations les yeux fermés) !








Sources :


* Sites


  → Site d’Une Nana Cool : http://www.une-nana-cool.com/


  → E-shop d’Une Nana Cool sur Amazon.Japan :http://www.amazon.co.jp/b?ie=UTF8&node=2795045051


  → Site de ventes en ligne Rakuten :http://www.rakuten.co.jp/


  → Site de la marque Triumph (Japan) : https://jp.triumph.com/


* Articles et livres


  BOURDIEU, Pierre, Masculine Domination (NICE, Richard, trad.). Palo Alto, CA : Stanford University Press, (1988) 2001, 124 p.


  HERITIER, Françoise, Masculin/Féminin I. La pensée de la différence. Paris : Éditions Odile Jacob, coll. « Poches Odile Jacob », (1996) 2012, 336 p.


  HERITIER, Françoise, Masculin/Féminin II. Dissoudre la hiérarchie. Paris : Éditions Odile Jacob, coll. « Bibliothèques », (2002) 2008, 448 p.


  GODELIER, Maurice, La production des grands hommes. Pouvoir et domination masculine chez les Baruya de Nouvelle-Guinée. Paris : Fayard, coll. « L'espace du politique », 1982, 370 p.


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